Accueil > Blog > Comptabilité > Digitalisation comptable au Maroc : vers quelles obligations pour les entreprises ?
La digitalisation de la comptabilité est l’une des réformes structurelles les plus importantes engagées par le Maroc ces dernières années. La loi de finances 2026 a franchi une étape décisive en rendant obligatoire la tenue de comptabilité sous format électronique et en instaurant la production d’un Fichier des Écritures Comptables (FEC) conforme aux standards définis par le Conseil National de la Comptabilité. Cette mesure, qui aligne le Maroc sur les pratiques des pays les plus avancés en matière de contrôle fiscal numérique, a des implications concrètes pour toutes les entreprises marocaines et les filiales de groupes internationaux implantées dans le Royaume. Ce guide fait le point sur les nouvelles obligations, leur calendrier d’application et les actions à engager pour s’y conformer.
La digitalisation de la comptabilité marocaine s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de l’administration fiscale marocaine, engagée avec l’introduction de la plateforme SIMPL pour les déclarations fiscales, la dématérialisation des échanges avec la DGI et le développement du projet de facturation électronique.
L’objectif principal de la digitalisation comptable est d’améliorer la capacité de contrôle de l’administration fiscale en lui donnant accès à des données comptables structurées et exploitables numériquement. Un FEC bien structuré permet à un inspecteur fiscal de réaliser des analyses croisées en quelques minutes qui auraient nécessité des semaines de travail manuel sur des documents papier. La digitalisation est donc à la fois une simplification administrative pour les entreprises bien organisées et un renforcement des capacités de contrôle pour l’administration.
La LF 2026 a modifié l’article 145-I du CGI pour rendre obligatoire la tenue de comptabilité sous format électronique pour toutes les entreprises soumises aux obligations comptables définies par la loi n° 9-88 relative aux obligations comptables des commerçants. Cette obligation remplace progressivement la comptabilité papier traditionnelle.
La comptabilité électronique doit respecter les principes du Code Général de la Normalisation Comptable (CGNC) et produire, pour chaque exercice, un Fichier des Écritures Comptables (FEC) conforme aux spécifications définies par l’avis n° 24 du Conseil National de la Comptabilité du 14 juin 2023.
Le FEC est un fichier numérique structuré qui contient l’intégralité des écritures comptables de l’entreprise pour un exercice donné, dans un format standardisé qui permet leur exploitation par les logiciels de contrôle de la DGI. Ce concept est directement inspiré du FEC français, introduit en France en 2014, et dont l’efficacité comme outil de contrôle fiscal a été largement prouvée.
Le FEC marocain comprend pour chaque écriture comptable : le journal dans lequel l’écriture est passée, la date de l’écriture, le numéro de pièce justificative, le libellé de l’écriture, le compte débité et le compte crédité (selon le plan de comptes CGNC), les montants débit et crédit et la date de validation de l’écriture dans le système.
Le FEC doit être produit dans un format standard défini par le CNC : généralement un fichier plat délimité (CSV ou TXT) ou un fichier XML selon les spécifications techniques publiées. Ce format doit être lisible par les outils d’analyse de la DGI sans manipulation préalable.
La LF 2026 impose que les systèmes informatiques de comptabilité utilisés par les entreprises marocaines respectent les principes du CGNC et soient capables de produire le FEC dans le format requis. Cette obligation a des implications directes sur le choix des logiciels comptables : les outils qui ne permettent pas la production d’un FEC conforme aux spécifications marocaines devront être remplacés ou adaptés.
Pour les filiales de groupes internationaux qui utilisent des ERP groupe (SAP, Oracle, Microsoft Dynamics), la production du FEC marocain nécessite souvent un paramétrage spécifique du module comptabilité pour s’assurer que les écritures sont enregistrées selon le plan de comptes CGNC et que le format d’export du FEC est conforme aux spécifications marocaines.
Parallèlement à la digitalisation de la comptabilité, le Maroc prépare l’introduction de la facturation électronique obligatoire pour les transactions entre entreprises (B2B). Ce projet, annoncé dans les lois de finances précédentes et dont le calendrier de déploiement est en cours de finalisation, prévoit que les factures entre entreprises marocaines soumises à la TVA devront être émises et reçues sous format électronique structuré via une plateforme centralisée gérée par la DGI.
La facturation électronique marocaine s’inspirera des modèles adoptés par d’autres pays (France, Maroc du Golfe, pays d’Amérique latine) avec un système de transmission en temps réel ou quasi-réel des factures à l’administration fiscale, ce qui permettra à la DGI de croiser automatiquement les données de TVA collectée par les vendeurs avec la TVA déductible déclarée par les acheteurs.
Le calendrier précis du déploiement de la facturation électronique n’est pas encore arrêté de manière définitive au moment de la rédaction de ce guide, mais les entreprises qui anticipent cette obligation dès maintenant (mise à niveau de leurs systèmes de facturation, formation des équipes) seront mieux positionnées lors de l’entrée en vigueur effective.
La première action concrète que les entreprises doivent engager est la vérification de la conformité de leur système comptable avec les nouvelles obligations. Plusieurs questions doivent être posées à l’éditeur du logiciel comptable utilisé : le logiciel enregistre-t-il toutes les écritures selon le plan de comptes CGNC ? Le logiciel permet-il l’export du FEC dans le format défini par le CNC marocain ? Le logiciel conserve-t-il une piste d’audit complète avec les dates de saisie et de validation des écritures ?
Pour les entreprises qui utilisent des logiciels comptables marocains développés localement (LEC, Sage Maroc, Cegid Maroc), ces fonctionnalités sont généralement disponibles ou en cours de déploiement. Pour les entreprises qui utilisent des ERP de groupe (SAP, Oracle), un projet de paramétrage spécifique est nécessaire.
La production d’un FEC conforme nécessite que les équipes comptables maîtrisent les règles de codification des écritures selon le CGNC et comprennent les exigences de structure du fichier. Une formation spécifique sur les nouvelles obligations de la LF 2026 est recommandée pour les responsables comptables et les collaborateurs qui interviennent dans la saisie et la validation des écritures.
La digitalisation de la comptabilité s’accompagne naturellement d’une réflexion sur l’archivage électronique des pièces justificatives : factures d’achat, notes de frais, relevés bancaires, contrats. La loi marocaine sur l’archivage électronique (loi n° 53-05) reconnaît la valeur juridique des documents électroniques sous certaines conditions de sécurité et d’intégrité.
La mise en place d’un système d’archivage électronique des pièces justificatives, associé à la comptabilité électronique, permet de disposer d’un dossier comptable entièrement numérique, facilement accessible lors des contrôles fiscaux et conservé sans risque de dégradation physique.
La production d’un FEC conforme lors d’un contrôle fiscal facilitera le travail de l’inspecteur mais aussi celui de l’entreprise contrôlée. Un FEC bien structuré, avec des écritures correctement codifiées et des libellés explicites, permet à l’entreprise de présenter sa comptabilité de manière claire et transparente, ce qui facilite le dialogue avec l’inspecteur et réduit les risques de redressements liés à des incompréhensions ou des incohérences apparentes.
À l’inverse, un FEC mal structuré, avec des codifications incorrectes ou des écritures sans libellés suffisamment explicites, peut compliquer le contrôle et générer des questions supplémentaires de l’inspecteur. La qualité du FEC devient un élément de la gestion du risque fiscal.
Pour les filiales de groupes internationaux, la digitalisation comptable marocaine s’ajoute aux exigences de reporting numérique qui peuvent déjà exister au niveau du groupe. La production du FEC marocain s’intègre dans un environnement où la filiale doit simultanément alimenter le système d’information du groupe (liasses de consolidation, tableaux de bord de performance) et satisfaire aux obligations locales marocaines.
La bonne pratique est de ne pas traiter ces deux exigences comme deux systèmes séparés mais de construire dès le départ une architecture comptable qui permette de produire à la fois les données CGNC nécessaires à la DGI marocaine (y compris le FEC) et les données de reporting groupe dans les formats attendus par le siège. Cette architecture intégrée évite les doubles saisies, les risques d’incohérence et les surcoûts liés à la maintenance de deux systèmes parallèles.
La LF 2026 marque une étape décisive dans la digitalisation de la comptabilité marocaine avec l’obligation de tenue de comptabilité électronique et la production du FEC. Les entreprises qui n’ont pas encore engagé la mise à niveau de leurs systèmes comptables doivent le faire rapidement pour être en conformité lors des premiers contrôles fiscaux qui utiliseront le FEC comme outil d’analyse. La digitalisation comptable est aussi une opportunité d’améliorer la qualité et l’accessibilité des données financières, de faciliter les contrôles fiscaux et de réduire les coûts de gestion comptable à moyen terme.
AOS, cabinet d’expertise comptable inscrit à l’OEC Maroc et basé à Casablanca Finance City, accompagne les entreprises marocaines et les filiales de groupes internationaux dans la mise en conformité avec les nouvelles obligations de digitalisation comptable, le paramétrage de leurs systèmes et la production du FEC conforme aux exigences de la DGI. Contactez-nous pour un premier échange.
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