Accueil > Blog > Comptabilité > Trésorerie et gestion des flux de trésorerie au Maroc : les fondamentaux
La trésorerie est le nerf de la guerre de toute entreprise, quelle que soit sa taille ou son secteur. Au Maroc, la gestion des flux de trésorerie présente des spécificités liées au cadre réglementaire local : délais de paiement encadrés par la loi mais souvent dépassés en pratique, réglementation des changes pour les entreprises qui ont des flux en devises, contraintes bancaires spécifiques pour les sociétés à actionnariat étranger. Une entreprise qui maîtrise sa trésorerie peut absorber les aléas de l’activité et financer sa croissance. Une entreprise qui la néglige peut se retrouver en difficulté même avec une activité rentable sur le papier. Ce guide fait le point sur les fondamentaux de la gestion de trésorerie au Maroc et les points de vigilance spécifiques au contexte local.
Le premier outil de la gestion de trésorerie est le tableau des flux de trésorerie, qui retrace l’ensemble des entrées et sorties de cash sur une période donnée et explique la variation du solde de trésorerie entre le début et la fin de la période.
Le CGNC prévoit un tableau de financement qui analyse les variations du patrimoine de l’entreprise, mais cet état est moins directement opérationnel que le tableau des flux de trésorerie en normes IFRS (IAS 7). Pour les filiales de groupes internationaux qui doivent remonter un tableau de flux au siège, la production de cet état suppose des retraitements par rapport au tableau de financement CGNC.
En pratique, les entreprises marocaines qui souhaitent piloter leur trésorerie efficacement construisent un tableau de flux mensuel qui distingue trois catégories de flux : les flux d’exploitation (encaissements clients, paiements fournisseurs, charges de personnel, impôts), les flux d’investissement (acquisitions et cessions d’immobilisations) et les flux de financement (emprunts, remboursements, apports en capital, distributions de dividendes).
Les délais de paiement sont l’une des principales sources de tension de trésorerie pour les entreprises marocaines, en particulier celles qui travaillent avec des clients publics ou des grandes entreprises. La réglementation marocaine fixe un délai de paiement maximum de 60 jours à compter de la date de facturation pour les transactions entre entreprises privées, et de 90 jours pour les marchés publics.
En pratique, ces délais sont fréquemment dépassés, notamment dans les relations avec les administrations publiques dont les contraintes budgétaires ralentissent les paiements. Pour les entreprises fournisseurs d’administrations, il n’est pas rare de constater des délais réels de paiement de 120 à 180 jours, voire davantage pour certains marchés. Cette réalité impose une gestion prévisionnelle rigoureuse des créances et des ressources de financement court terme.
Pour les entreprises qui ont des flux en devises (exportateurs, filiales de groupes internationaux, importateurs), la réglementation de l’Office des Changes impose des contraintes spécifiques sur la gestion de la trésorerie.
Les exportateurs ont l’obligation de rapatrier leurs recettes en devises dans un délai de 150 jours à compter de la date d’expédition. Ils peuvent ouvrir un compte en devises auprès de leur banque marocaine pour conserver une fraction de ces recettes destinée à régler leurs propres dépenses en devises, dans les limites fixées par l’IGOC 2026.
Les importateurs doivent financer leurs achats à l’étranger via des domiciliations bancaires qui encadrent les transferts de devises. Ces domiciliations génèrent des délais administratifs qui doivent être anticipés dans le plan de trésorerie pour éviter des blocages dans les approvisionnements.
Les filiales de groupes qui reçoivent des avances de trésorerie de leur maison mère ou qui remontent des dividendes vers l’étranger doivent s’assurer que ces flux sont correctement documentés et transitent par des canaux conformes à la réglementation des changes.
Les banques marocaines proposent une gamme de produits de financement court terme adaptés aux besoins de trésorerie des entreprises.
Le crédit de trésorerie (découvert bancaire) est le financement le plus simple : la banque autorise l’entreprise à avoir un solde débiteur sur son compte courant dans la limite d’un plafond défini. Son coût est élevé (taux d’intérêt de 6 à 9 % selon les établissements) et il est réservé aux besoins ponctuels de court terme.
L’escompte commercial permet à l’entreprise d’obtenir le financement anticipé de ses créances clients en cédant ses effets de commerce à la banque avant leur échéance. Ce mécanisme est bien développé au Maroc pour les créances domestiques, mais son utilisation pour les créances export est plus limitée.
L’affacturage (factoring) est une solution en développement au Maroc qui permet de céder l’ensemble du portefeuille de créances clients à une société d’affacturage qui en assure le recouvrement et avance les fonds correspondants. Cette solution est particulièrement adaptée aux entreprises qui ont de nombreux clients et des délais de paiement longs.
La facilité de caisse est un financement de très court terme (quelques jours) qui permet de couvrir un décalage ponctuel entre les encaissements et les décaissements. Son coût est généralement plus élevé que le crédit de trésorerie.
Pour les entreprises qui ont des flux en devises, le risque de change est une composante importante de la gestion de trésorerie. Le dirham marocain est une monnaie partiellement convertible dont le cours est fixé par Bank Al-Maghrib dans une bande de fluctuation par rapport à un panier de devises composé principalement de l’euro et du dollar.
Les entreprises exposées au risque de change peuvent se couvrir via plusieurs instruments proposés par les banques marocaines : les contrats de change à terme qui permettent de fixer aujourd’hui le taux de change d’une transaction future, les options de change qui donnent le droit (sans obligation) d’acheter ou de vendre des devises à un taux déterminé, et les dépôts en devises qui permettent de constituer une réserve de devises pour couvrir des dépenses futures.
La politique de couverture du risque de change doit être cohérente avec la politique groupe pour les filiales de groupes internationaux : certains groupes centralisent la gestion du risque de change au niveau du siège et demandent à leurs filiales de ne pas prendre de positions de change autonomes.
Le plan de trésorerie est un outil de pilotage interne qui projette les encaissements et les décaissements sur les semaines ou les mois à venir. Il permet d’anticiper les besoins de financement à venir et de les couvrir suffisamment tôt pour éviter les situations d’urgence.
Il est également un outil de dialogue avec les banques : une entreprise qui présente à sa banque un plan de trésorerie détaillé et fiable, montrant qu’elle maîtrise ses flux et qu’elle anticipe ses besoins de financement, obtient des conditions de financement plus favorables qu’une entreprise qui se présente en urgence pour couvrir un découvert imprévu.
La gestion de la trésorerie au Maroc suppose de maîtriser simultanément les délais de paiement locaux souvent longs, les contraintes de la réglementation des changes pour les flux en devises et les mécanismes de financement bancaire disponibles sur la place. Un tableau de flux mensuel mis à jour régulièrement, un plan de trésorerie prévisionnel partagé avec la banque et une politique de couverture du risque de change cohérente avec les positions du groupe sont les trois piliers d’une gestion de trésorerie maîtrisée au Maroc.
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