Code Général de la Normalisation Comptable (CGNC) : tout ce qu’il faut savoir

Vous venez d’implanter une filiale au Maroc ou vous prenez en charge la comptabilité d’une société marocaine pour la première fois ? Le Code Général de la Normalisation Comptable est le référentiel comptable de référence au Maroc. Il définit les règles d’enregistrement des opérations, la présentation des états financiers et les obligations documentaires auxquelles toute société immatriculée au Maroc est soumise. Maîtriser ses spécificités est indispensable pour produire des comptes conformes, résister à un contrôle fiscal et assurer une remontée fiable vers le siège d’un groupe international.

Mini-sommaire

Un référentiel comptable propre au Maroc

Le CGNC a été instauré par la loi n° 9-88 relative aux obligations comptables des commerçants, promulguée en 1992. Il s’inspire du Plan Comptable Général français de 1982 tout en s’en distinguant sur plusieurs points structurants. Ce n’est pas une simple traduction du PCG : c’est un référentiel autonome, avec son propre plan de comptes, ses propres règles d’évaluation et ses propres états de synthèse.

Pour les entreprises françaises qui s’implantent au Maroc, cette proximité apparente avec le PCG est souvent source d’erreurs. Les équipes comptables habituées au référentiel français ont tendance à transposer leurs pratiques sans les adapter, ce qui génère des états financiers non conformes au CGNC et des difficultés lors des contrôles fiscaux ou des audits.

 

Le champ d’application du CGNC

Le CGNC s’applique à toute personne physique ou morale ayant la qualité de commerçant au sens du Code de Commerce marocain, dès lors que son chiffre d’affaires annuel dépasse 10 millions de dirhams hors taxes. En dessous de ce seuil, un régime simplifié est applicable.

Pour les filiales de groupes internationaux, quelle que soit leur taille, le CGNC s’applique intégralement dès le premier exercice. Il n’existe pas de régime dérogatoire lié à la nationalité étrangère de l’actionnaire ni à l’appartenance à un groupe soumis aux normes IFRS. Les états financiers locaux doivent être produits selon le CGNC, indépendamment des normes de consolidation appliquées au niveau groupe.

 

Le plan de comptes CGNC

Le plan de comptes du CGNC est organisé en huit classes, numérotées de 1 à 8, selon une logique similaire à celle du PCG français mais avec des différences significatives dans la codification et le contenu de certains comptes.

La classe 1 regroupe les comptes de financement permanent : capital, réserves, dettes de financement à long terme. La classe 2 couvre les actifs immobilisés. La classe 3 comprend les stocks. Les classes 4 et 5 regroupent respectivement les comptes de tiers et les comptes de trésorerie. Les classes 6 et 7 couvrent les charges et les produits. La classe 8 est réservée aux résultats.

Les différences les plus significatives avec le PCG français portent sur la codification des immobilisations incorporelles, le traitement des écarts de conversion, la présentation des provisions réglementées et la structure des comptes de régularisation. Ces divergences sont précisément celles qui génèrent le plus d’erreurs de retraitement lors des consolidations.

 

Les états de synthèse obligatoires

Le CGNC impose la production de cinq états de synthèse à la clôture de chaque exercice comptable. Ces documents constituent la base légale de l’activité de la société et sont indispensables pour toute démarche administrative, bancaire ou fiscale.

Le bilan présente la situation patrimoniale de la société à la date de clôture : actif immobilisé, actif circulant, trésorerie actif d’un côté, financement permanent, passif circulant, trésorerie passif de l’autre. Sa présentation diffère du bilan français sur plusieurs points, notamment dans la classification des éléments de l’actif circulant et dans le traitement des écarts de conversion.

Le Compte de Produits et Charges (CPC) est l’équivalent marocain du compte de résultat. Il présente les produits et les charges de l’exercice selon une classification par nature, avec une distinction entre les éléments d’exploitation, les éléments financiers et les éléments non courants. La notion de résultat non courant, qui regroupe les éléments exceptionnels, est une spécificité du CGNC qui n’a pas d’équivalent direct en PCG.

L’État des Soldes de Gestion (ESG) est un document propre au CGNC qui n’existe pas dans le référentiel français. Il présente une cascade de soldes intermédiaires qui permettent d’analyser la formation du résultat : marge brute, valeur ajoutée, excédent brut d’exploitation, résultat d’exploitation, résultat courant et résultat net. Cet état est très utilisé par les analystes financiers et les banques marocaines pour apprécier la performance économique d’une société.

Le Tableau de Financement analyse les flux de ressources et d’emplois sur l’exercice, en distinguant les variations à long terme (financement permanent et actif immobilisé) des variations à court terme (actif circulant et passif circulant). Sa structure diffère du tableau des flux de trésorerie en normes IFRS ou du tableau de financement du PCG français.

L’État des Informations Complémentaires (ETIC) est l’annexe des états financiers marocains. Il comprend un ensemble de tableaux et d’informations détaillées qui complètent et expliquent les données du bilan et du CPC : état des immobilisations et des amortissements, état des provisions, tableau des filiales et participations, état des créances et des dettes, informations sur les méthodes comptables retenues. L’ETIC est souvent le document le plus volumineux de la liasse financière et le plus scruté lors des contrôles fiscaux.

 

Les principales divergences avec les normes IFRS

Pour les filiales de groupes internationaux qui consolident leurs comptes en normes IFRS, le CGNC génère des retraitements de consolidation à identifier et à documenter dès le premier exercice.

Les divergences les plus fréquentes concernent les contrats de location. La norme IFRS 16 impose la reconnaissance au bilan d’un droit d’utilisation et d’une dette de loyer pour les contrats de location d’une durée supérieure à douze mois. Le CGNC ne prévoit pas ce mécanisme : les loyers sont enregistrés en charges de l’exercice sans impact bilan. Ce retraitement est souvent l’un des plus significatifs en valeur pour les filiales qui occupent des locaux professionnels importants.

Les engagements de retraite constituent une autre divergence majeure. Le CGNC n’impose pas la comptabilisation d’une provision actuarielle pour les indemnités de fin de carrière, contrairement à la norme IAS 19 qui exige une évaluation actuarielle de ces engagements et leur inscription au passif du bilan consolidé.

Les durées d’amortissement représentent une troisième source de divergence. Le CGNC admet les durées fiscales définies par les barèmes de l’administration marocaine, qui ne correspondent pas toujours aux durées économiques retenues par le groupe. Ces écarts génèrent des différences temporaires qui donnent lieu à des impôts différés dans les comptes consolidés.

 

CGNC et contrôle fiscal : les points de vigilance

La conformité au CGNC est une condition de la déductibilité fiscale des charges. Une comptabilité non conforme au CGNC peut être rejetée par l’administration fiscale lors d’un contrôle, ce qui autorise l’inspecteur à reconstituer le résultat imposable par des méthodes extrapolatives généralement défavorables à l’entreprise.

Les points de vigilance les plus fréquents lors des contrôles portent sur la correcte utilisation des comptes du plan CGNC, la présence et l’exhaustivité des pièces justificatives pour chaque écriture, la cohérence entre les données de l’ETIC et les autres états de synthèse, et la continuité des méthodes comptables d’un exercice à l’autre.

 

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Le Code Général de la Normalisation Comptable est le référentiel incontournable de toute comptabilité marocaine. Sa proximité apparente avec le PCG français ne doit pas masquer ses spécificités propres, qui concernent le plan de comptes, les états de synthèse et les règles d’évaluation. Pour les filiales de groupes internationaux, la maîtrise simultanée du CGNC et des normes de consolidation du groupe est la condition d’une production comptable fiable et d’une clôture sans surprise.

AOS accompagne les filiales de groupes internationaux, les entrepreneurs expatriés et les cabinets français dans la production de comptabilités conformes au CGNC et dans les retraitements nécessaires à la consolidation. Contactez AOS, cabinet d’expertise comptable basé à Casablanca Finance City, pour un premier échange.

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